Marathon 1er, partie III

(pour lire la partie 1, cliquez ici, pour lire la partie 2, cliquez ici)

Je viens de passer sous l’arche, le but ultime de ces 20 semaines de préparation, l’objectif qui semblait si loin au départ de cette course mémorable.

Il y a plein de coureurs, je les entends mais je ne les vois qu’à peine. Je suis encore dans ma bulle focus qui m’a permise de m’y rendre. Je marche, totalement sur le radar, un verre d’électrolytes, puis un autre et enfin un verre d’eau.

Je reviens un peu sur mes pas et je vise une place sur le bord de l’aire d’arrivée afin d’attendre Chérie qui est encore sur le parcours. Selon ses prédictions, j’en ai pour environ 45 minutes à l’attendre, donc ça va me donner le temps de reprendre mes esprits.

Mais soudain (un 2ème soudain dans cette histoire, que de rebondissements !!!) la réalité me frappe en plein visage, mais je devrais plutôt dire en pleines jambes !  PIF PAF POUF, elles ne répondent plus… du moins, presque plus.

S’ensuit une conversation entre ma tête et mes jambes, qui ne se gênent pas de se mettre à deux contre un !

Jambe gauche (JG) : Je m’assoirais bien moi !
Jambe droite (JD) : Ma chère partenaire, je suis bien d’accord avec toi.
JG : Regarde le trottoir, il a l’air confortable.
JD : Allez go, on y va !
Tête (tête) : Mais qu’est-ce que vous faites ?
JG et JD en cœur : On va s’assoir un peu si ça ne dérange pas, on vient de se taper 42.2km, on mérite bien un petit repos !
Tête : Je suis bien d’accord, mais allez-vous seulement être capable de vous relever ?
JD : Oh.. je n’y avais pas vraiment pensé.
JG : Moi, je m’en tape un peu.
Fesses : Nous, on ne s’en tape pas !!!  C’est dur un trottoir et nous aussi on vient de faire 42.2km, ne pensez pas que vous avez fait ça toutes seules !!!
Tête : On reste debout; point !
JG et JD : *grogne*

C’est donc les jambes flageolantes que je me dirige vers le bord de la rue, regardant les autres coureurs arriver, changeant souvent de position parce qu’honnêtement, aucune façon de me placer en ce moment ne faisait pas mal !!!

Des fulls et des demis arrivent par dizaine et encore par dizaine pour rapidement se transformer en centaine !!!  C’est beau et émouvant de voir ça !  Il y a des pleurs, des rires, de la joie et beaucoup de fierté !  Les regards se croisent et tous se félicites en silence, pas besoin de parole, nous savons l’un l’autre ce que nous venons de traverser.

Arrive quelques Riverains, tout sourire du défi relevé !  Quel beau groupe nous formons, je ne le dirais jamais assez.

Plus le temps passe, mieux vont les jambes, il est un peu plus facile de me déplacer…. Un peu !  La barre des 45 minutes passe et pas de Chérie, j’espère que tout va bien, elle a travaillé assez fort pour se préparer, ça serait plate qu’il lui arrive de quoi hors de son contrôle.

Encore des arrivées, encore des visages inconnus, encore des bravos silencieux et enfin…

Voilà mon amour !  Tout sourire, toute belle, toute marathonienne !!!

Elle fini par me voir, on s’enlace et nous échappons quelques larmes. Nous l’avons fait, nous avons réussi !  Nous ouvrons les yeux, on se regarde, on s’embrasse, nous sommes dégueulasses de sueur mais on s’en fout pas mal en ce moment.

« Viens, allons chercher cette médaille, je pense qu’on l’a mérité. »
« Tu ne l’as pas encore ?! »

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Non, je ne l’avais pas encore, je tenais à l’attendre, je voulais vivre ce moment avec elle, le moment où on mettrait à notre cou, la récompense pour laquelle nous avons travaillé si fort. Certain diront que l’accomplissement est une récompense en soi. Je suis d’accord, mais avouez qu’elle a de la gueule cette médaille !!

Et puis voilà, s’en était fait. Tout ça pour ça. Oui, tout ça pour ça !!  Tout ça pour la fierté que j’ai aujourd’hui de pouvoir me déclarer marathonien. Tout ça pour pouvoir à mon tour, en inspirer à essayer de se dépasser, comme tant m’inspire à le faire. Et enfin, tout ça pour cette médaille qui a vraiment, mais vraiment de la gueule !!!

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Marathon 1er, partie II

(pour lire la 1ère partie, cliquez ici)

Ça me prend un bon km pour me décider, et je décide d’accélérer légèrement afin de ne pas me brûler. Mais vers le 8ème km, je croise un Pélican dont le visage me dit quelque chose mais je ne suis pas certain.

– Hey.. un Pélican de Montréal
– hehe, ben oui
– Tu dois connaître JF Veilleux ? (Name droping ici)
– Oui, il est dans notre groupe
– Je sais, j’étais dans son comité de course à Châteauguay, mon nom est aussi JF (en lui tendant la main)
– David (me rendant ma poignée de main)

AH.. je ne connais pas beaucoup de David coureurs… et ils sont tous sur Instagram, je me risque : Bombardier ?

– Non, Germain

Nous venions chacun de trouver un partenaire de marathon sans même en chercher un initialement.  Et ce fut une bonne chose ! De 1, c’est plus agréable de courir en jasant. De 2, ça semble passer plus vite. De 3, lorsqu’on accélérait un peu, David nous ramenait à l’ordre afin qu’on garde un pace raisonnable. Je me suis accoté sur son expérience et je suis très heureux de l’avoir fait !

Les km passent alors qu’on jase de course, principalement de trail et de nos futurs évènements. 10ème km à 5 :25/km. 15ème km à 5 :33/km. À la mi-parcours, nous courons à 5 :31/km, ça va très bien.

Dans cet intervalle, il y a une partie du tracé qui reviens sur lui-même.. ou presque, mais c’est une occasion de croiser les coureurs qui nous suivent. C’est donc mon attention divisée entre notre conversation et les coureurs qui nous croisent que je fais ce bout de chemin, et là.. soudain ! (toutes les bonnes histoires ont un « soudain »). Je la vois, elle est là.. et c’est d’un retentissant : (non, pas BEUHBÉ, c’est le marathon quand même, un peu de classe), donc c’est d’un retentissant HÉLÈNE.. WOOOHOOOOO, LÂCHE PAS, GO GO GO, que je croise ma magnifique femme, qui semble très bien aller !

On enfile les km, la conversation se fait plus sporadique et éventuellement, on fini par se distancer.  Et c’est là que ça devient plus difficile, entre les km 29 et 37. Ces 8km sont de la pure torture !  Là, le mental.. ou ce qui en reste, commence à dédoubler de personnalité. Arrivent en scène La Fatigue et La Détermination.

La Fatigue, qui veut que j’arrête, a des arguments assez convaincant : « ah une côte.. on dirait une montage.. marche donc un peu » « Oh.. du vent un peu de face, marche donc un peu » « Attention, une craque dans la rue, marche donc un peu »! Toutes les raisons semblent bonnes pour arrêter.

Mais La Détermination veillait au grain !  Une cote, fait-en ta bitch !!  Du vent.. baisse la tête et fonce !!  Une craque dans la rue… une craque dans la rue ??? Come on !!!

Dans ces moments-là, je n’étais pas seul.  J’étais avec ma femme qui passait par la même épreuve que moi. J’étais avec mes enfants et ma famille. J’étais avec mes amis coureurs de ce club de course qui devient de plus en plus comme une famille (ouep, je vous pointe là les Riverains), j’étais avec tous ces inconnus qui forment cette belle et grande communauté de coureurs.

À l’approche des derniers km, je croise notre amie Michèle ! GO GO, LÂCHE PAS, mais je sais ce qu’elle va traverser dans les km qui s’en viennent, mais je garde le sourire pour lui montrer que c’est faisable, qu’il n’y a rien là. (un petit mensonge innocent hihi)

Le bruit s’intensifie à mesure que j’avance. Finalement j’arrive au bord du canal.. il y a foule !  C’est assez fou. 36km de fait et encore plein de gens m’encourage, pousse avec moi, le feeling est assez le fun merci. Mais comme j’avance, j’ai l’impression que la foule triple tellement le bruit devient fort.. et la suite est en anglais, vous allez comprendre.

OCRC (Ottawa City Running Club), this part is for you. You guys made so much noise, it was incredible, it was such a boost, so close to the finish line but still so deep in the run. The cheering was LOUD !!!  on both side of the street. There was so much energy, you actually gave me my 6th wind.. yes because the 3rd, 4th and 5th are still in the Sussex area !!!  In part because of you, I was able to finish strong.  YOU ROCK…. Thank you very much !!  Back to French now.

Donc, avec cette énergie renouvelée, je me dirige vers le dernier pont, la dernière section du parcours, ce +/- 2km qui semble en faire 6 ou 7 !  Bien que j’ai encore de l’énergie, je reste très focus.. et presque vidé !  Les mains que je tapais il y a 1 heure, je ne les vois plus. La foule qui cri semble lointaine, presque dans un brouillard.  Ce dernier km est totalement irréel.

Je suis seul dans la foule, il n’y a personne devant moi, ni derrière.  Je suis dans une bulle et je me répète de profiter de ce moment.  500m à faire, je passe sous la passerelle, je sais maintenant que mon objectif est tout proche, je le vois, je l’entends, je le ressens !!

Plus que quelques mètres, j’y suis, j’ai réussi, je vais bientôt franchir l’arche qui était si loin il y a… MOINS DE QUATRE HEURE !!! J’ouvre les bras et je lève les yeux au ciel. J’embrasse ce moment autant que mon conscient en est capable : 3h55 :34. Je suis MA-RA-THON-NIEN !!!!

(suite et fin dans un prochain billet…)

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Marathon 1er, partie 1

Dimanche 27 mai 2018, cet avant-midi restera à jamais gravé dans ma mémoire (faudrait bien d’ailleurs que je recherche d’où vient cette expression parce qu’au sens littérale, c’est un peu effrayant !)

Le réveil sonne à 5h, un dimanche, pour aller « souffrir » une souffrance pour laquelle j’ai payé.  On est fous comme ça nous les coureurs. Et ici, je me permets de me catégoriser ainsi, je crois que maintenant, je le mérite !

Typiquement, la nuit précédent une course, je dors mal. Déjà la fébrilité de l’évènement se fait sentir et là, pour ce premier marathon, je croyais bien passer une nuit blanche. Heureusement que la mauvaise nuit de la veille a fait que je suis tombé comme une roche; dodo direct jusqu’au réveil.

Donc, c’est sans snoozer (depuis quand c’est un verbe ça ?) que je me suis jeté hors du lit, après avoir pris un petit 10 minutes pour réaliser quel matin nous étions. Mon amoureuse et moi allions courir notre premier marathon là où tout a commencé 4 ans plus tôt : Le Marathon d’Ottawa.

Petit déjeuner habituel, un bol de Vector avec une poignée de “chipettes “de chocolat (merci mon amour d’y avoir pensé !!!), une demie banane et beaucoup d’eau / électrolytes. Ça semble peu, mais ça fonctionne pour moi.

C’est en attachant le dossard sur mon chandail que les nerfs ont commencés à me pogner (pour mes amis français, c’est l’équivalent d’avoir les miquettes), mais pas tant que j’avais peur de ce qui s’en venait, ma préparation était faite, mais c’est quand même 42.2 km, la très vénérable distance marathon.

« Plus qu’une minute avant le départ ! » annonce une voix dans les hauts parleurs. Et là, 1000 questions me traversent l’esprit en même temps: mes gels ? pipi ou pas pipi ? Ahhh trop tard pour le pipi.. ben non, pas besoin de pipi.. me semble que mon petit orteil gauche me fatigue… OK! OK! relaxe… il est ok cet orteil… oh !  On avance déjà !!!  Bip on part la montre et hop, c’est parti pour le Marathon d’Ottawa 2018.

La météo est parfaite !!  Nuageux sans soleil et pas trop chaud, même l’humidex se tient tranquille. Wow, je n’en reviens pas, je suis dans le 1er km de MON marathon… On est encore tout pris en tapon et je vois le lapin de 4h s’éloigner, mais pas de panique, j’ai encore 41,3 km à parcourir, je vais avoir le temps de le rattraper.

Mon plan de match; sub 4h, donc un peu moins de 5:40 minutes au km. Je m’installe dans un rythme confortable et je m’assure de ne pas trop pousser, je tente de maintenir une allure de 5:30/km et lorsque je vois que je vais plus vite que ça, je ralentis le rythme. Ça va être long 42.2 km, je dois me garder « du jus » afin de pouvoir terminer le tout sans marcher.

5km en 29:06, allure de 5:38/km. En plein dans la cible, mais je me questionne si je ne devrais pas tenter de me donner un coussin pendant que j’en suis capable… et que ça me tente encore de courir !!

(à suivre…)

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